allcdcovers_amon_duul_ii_yeti_1970_retail_cd-front

Yeti. Amon Düül II. 1970.

Le plus grand album de ce collectif mythique, Yeti, prouve une fois encore que le grand krautrock n’a rien à envier aux plus grands groupes anglais de l’époque. Indémodable.

Peut-être le plus britannique des groupes krautrock, Amon Düül II a connu son heure de gloire au pays de la Reine. Au point qu’à Nottingham par exemple, il était de bon ton au début des seventies de s’appeler “Yeti” entre chevelus*. La deuxième levée des Allemands se nomme donc Yeti, quatre lettres pour soixante-dix minutes de fureur. Tantôt franchement folk, raisonnablement psychédélique, souvent planante, la musique ici proposée est un véritable voyage dans le temps. Question géographie, on hésite entre le Moyen-Orient et les campagnes anglaises, la R.F.A. étant occultée. C’est ce patchwork formidable de sons et de couleurs qui rend ce disque profondément kosmische. La sincérité des musiciens et la qualité musicale vont très vite rendre la formation populaire outre-Rhin, la critique les acclamant également.

Le chant de Renate Knaup se fait plaintif, torturé, craintif ; la musique suit, et tout fonctionne à merveille. Au bord de l’expérimentation, les sept compères s’en sortent toujours à temps, et leurs longues plages (souvent plus de 9 minutes) sont découpées en trois ou quatre chansons différentes, se mariant pourtant parfaitement entre elles. Le violon n’a jamais résonné aussi psyché et l’utilisation des claviers ne s’est en rien démodée.

A l’écoute de cet album, c’est bien d’ensorcellement qu’il faut parler. Tout d’abord, la pochette représentant la mort en train de faucher, sur fond bleu et orangé, entraîne dans une contrée étrange. Ensuite, les voix, stridentes, malades, apparaissent et disparaissent en menaçant toujours l’auditeur. La densité de la musicalité enfin, impressionne et resserre l’assistance, le compresse, pour son plus grand bonheur. La musique d’Amon Düül II ne laisse pas indifférent, car elle est baignée de franchise, parcourant le disque en ligne droite, ne déviant que pour revenir de plus belle inquiéter et ravir. Les faces C et D du vinyle original comportent les meilleurs titres. Trois improvisations parmi lesquelles un hommage à la firme phamaceutique Sandoz, responsable de la création accidentelle du LSD en 1938 et un morceau éponyme. Ce dernier, “Yeti”, devrait convaincre n’importe quel néophyte de la nécessité d’écouter du kraut chaque jour. Les dix-huit minutes peuvent rebuter, pourtant il n’en est rien. Le dépaysement cher au collectif munichois cohabite dans cette entreprise épique fabuleuse avec le Pink Floyd de A Saucerful of secrets et le Velvet Undergound. On est donc chez soi nulle part, et ça fait un bien fou.

* Lire Julian Cope, Krautrocksampler, Kargo & l’Eclat, 2005.

Pierre Castel.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>