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Upgrade & Afterlife. Gastr del Sol. 1996.

Gastr del Sol poursuit son chemin, tout seul et sûr de lui, dans l’univers foisonnant et surprenant qu’il a créé. Un grand disque.

Deux membres de la première mouture de ce combo furent co-fondateurs de Tortoise, modèle absolu de post-rock pour la critique européenne. Ceci explique, en partie, l’importance de cette formidable machine à réussites artistiques. Deux ans et deux albums après le départ des bienheureux John McEntire et Bunky Brown, Gastr del Sol, mené de main de maître par le génial Jim O’Rourke, sort Upgrade & Afterlife. Ce disque semble la continuation sublime d’une musique toujours aventureuse et fort riche en découvertes, écoutes après écoutes. O’Rourke, sorte de jeune John Fahey très expérimental et téméraire, n’hésite pas à brusquer l’auditeur, comme depuis ses vertes années – six oeuvres audacieuses publiées à seulement vingt-trois ans. Comme d’habitude donc, le petit (par la taille) multi-instrumentiste invente et se réinvente, sans lasser jamais son assistance. L’atonalité est une constante d’écriture musicale dans son oeuvre protéiforme, qui comprend également le respect des gammes classiques, que l’on retrouve par exemple dans des parties de guitares acoustiques parfaitement éclairées et légères.

Le bidouillage électronique y est au moins aussi important. Il intervient, associé à des passages de cordes ultrasaturés, au milieu de morceaux folk splendides ou de moments lancinants d’improvisation libre. Une liberté d’action est forcément rafraîchissante et très agréable, pour le corps mais aussi l’esprit. La surprise, même en connaissant quelque peu l’oeuvre du Chicagoan, est totale. Dépourvu de repères, ses pistes brouillées, le mélomane averti prend son pied à chaque instant, pourvu qu’il adhère au post-rock le plus expérimental. Notons la présence indispensable du guitariste David Grubbs (de Louisville, évidemment) ayant déjà officié pour Codeine, The Red Krayola, Bastro et Brise-Glace – rien que ça !


Atonalité au piano et polyrythmie affichée, Gastr del Sol se montre d’une redoutable efficacité dans la tentative de conviction des réticents au post-rock. D’un sérieux à toute épreuve, la composition de cet album comprend des invités de marque comme les électrons libres Kevin Drumm (guitare) ou Mats Gustafsson (saxophone). John McEntire revient donner un coup de main à la batterie mais l’événement est sans aucun doute la présence de Tony Conrad. L’époustouflant et si rare violoniste expérimental participe à cet enregistrement d’exception. Une intense reprise de Fahey (“Dry Bones in The Valley”) particulièrement longue – douze minutes – clôt un des disques les plus intrigants, les plus déboussolants de l’année 1996. Bonne écoute.

Pierre Castel.

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