Peng, Stereolab.

Peng ! Stereolab. 1992.

Non content de profiter de l’immense héritage musical londonien, Stereolab apporte sa petite pierre à l’édifice en parvenant à proposer un son original à l’aube des années 1990. Orgueilleux mais réussi.

Il fut un temps où Stereolab n’était pas chiant. Où ces musiciens parvenaient, en quelques minutes, à sonner étrange, lugubre et fascinant à la fois. En choisissant de jouer avec un Moog et un farfisa, les Londoniens savaient qu’ils auraient à soutenir la comparaison avec tous les monstres de la kosmische musik des années 1970. Les répétitions rythmiques et l’allure psychédélique des mélodies du groupe les ancraient également sans discuter du côté du kraut. Grand bien leur prit de pousser l’ambition jusqu’à ne (presque) jamais se compromettre – ils ont beau sonner moins bien maintenant, ils ne sont pas corrompus. Revenons cependant aux débuts. Peng ! arrive comme un cheveu sur la soupe anglaise de l’époque. The Jesus and Mary Chain rend l’âme, The Charlatans n’excite personne et The Cure oublie qu’il fut un immense groupe. Il est vrai que Spiritualized amorce alors son ascension folle mais du côté de la pop intelligente, la vie ressemble aux rues de Manchester. Stereolab pense donc à sortir un disque pour déprimer les gens en s’amusant.

Le terme de pop expérimentale n’est pas usurpé en ce qui concerne cet album tant il est vrai que l’auditeur oscille constamment entre envie de bouger son cul et désir de s’allonger en se laissant guider par ces instruments de musique somme toute bizarroïdes. Peng ! commence bien, se poursuit bien et finit bien. Il n’est pas un moment où on ne se pose de bonnes questions – pour les morceaux qui pulsent : « C’est mortel ou c’est vraiment mortel ? », pour les morceaux planants : «  Où suis-je ? ». On sait de toute évidence que le disque est bon, limpide et cohérent malgré les ambiances à l’opium que délivre le Moog. « Super Falling Star » et surtout « The Seeming and the Meaning » font songer à la face B de Neu ! 2 (souvenez-vous, les morceaux « 78 Tours ») le chant franglais en plus. Les passages les plus radicaux de l’album, par leur fond sonore brouillon et inébranlable, frôlent la musique industrielle, elle aussi londonienne. Cependant, et c’est une des forces de ce disque, Stereolab ne choisit jamais son camp stylistique afin de développer un son qui deviendra vite le sien. Plus tard, la voix de Laetitia Sadier s’affirmera (trop) et la musique semblera devenue son faire-valoir. Ici, elle a encore sa place et permet de boire avec Baudelaire (« Enivrez-vous ») en attendant les effets réels de l’ivresse qui surviennent à temps (« Stopmach Worm »). La pochette donne un parfait aperçu de la musique qu’elle recouvre. Puissante, ondulée, limpide et corrosive. Peng ! touche au classicisme et ravit les sens.

Pierre Castel.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>