Pochet de l'album Neu 75! de Neu

Neu ! 75. Neu !. 1975.

Le duo allemand a la bonne idée de se reformer pour enregistrer un superbe disque éclectique mais cohérent, parfaitement indémodable.

Après s’être séparés à la suite de l’échec de leur deuxième album, Michael Rother et Klaus Dinger se retrouvent en 1975 pour enregistrer ce qui peut être considéré comme leur disque le plus abouti. Oubliant quelque peu le rythme effréné de leurs précédents opus, les natifs de Düsseldorf posent des mélodies plus recherchées qu’auparavant, plus méditatives même, comme dans “Leb’ Wohl”. Le motif marin s’y fait plus pressant et les vagues, le ressac sont une composante essentielle de ce titre calme et lent. Après avoir introduit l’électronique dans leur formation dès l’ouverture de l’album avec les synthétiseurs de “Isi”, Neu! se contente ensuite davantage d’instruments plus traditionnels, même si leur son paraît toujours électronique.

On retrouve la métronomie qu’on leur connaissait sur la deuxième face, en plus d’un chant absolument révolutionnaire (“Hero”) dont Johnny Rotten devra se souvenir quelques mois plus tard en 1976 lorsqu’il beuglera sans se soucier de la mode de l’époque. Les Sex Pistols doivent donc beaucoup à Neu!, comme une interminable liste de musiciens futurs des années 1980 et 1990 pour qui ”avant-garde” pouvait rimer avec “rock”. Ces Allemands n’ont pas froid aux yeux et, loin de tout faire pour toucher un public plus large malgré le peu de ventes de leurs publications, se permettent de composer une transe de dix minutes (“E-musik”) en guise d’apéritif avant le souper nommé “After Eight”. Quelle que soit l’heure d’écoute de ce disque on ne peut qu’être conquis par tant de détermination, à l’image de la batterie qui rythme invariablement leur musique, portant fort bien son nom (“Neuf !”) tant elle semble aujourd’hui encore novatrice.

Le krautrock de l’époque ressemble beaucoup à une grande famille musicale. Ainsi, lors de la parenthèse sabbatique de Neu!, Rother avait rejoint deux membres de Cluster pour fonder un super-groupe de kosmiche musik, Harmonia, avec succès. Dinger de son côté formait L.A. Düsseldorf (tout aussi efficace) avant de revenir pour Neu! 75. Cet album est le chant du cygne de ce fabuleux duo si l’on excepte un malheureux enregistrement de 1986. Mais Neu! n’a pas seulement influencé les premiers punks ; il peut également être considéré comme un embryon à la drum’n’bass. En effet, les caractéristiques de leur son les rapproche de ce type de musique électronique très rapide et spartiate, mettant en avant la batterie, à l’inverse de la plupart des formations rock des années 1970. L’écoute de ce disque trente-cinq ans plus tard résonne et se reflète dans de multiples canevas mélodiques entendus depuis lors. Exceptionnel.

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