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Monster Movie. Can. 1969.

Can débute en 1969 sur la scène kraut. Avant leurs chefs-d’œuvre des années 1970, les amis de Cologne se faisaient remarquer par un disque psyché plutôt original.

Can (à l’époque The Can) fait partie des toutes meilleurs formations de krautrock, c’est entendu. Mais Can est aussi bien plus que cela. Choisissant un acronyme passe-partout qui veut cependant dire beaucoup (Communism Anarchism Nihilism), les musiciens débutent avec ce premier album par un disque presque classique. En effet, l’appartenance à la kosmiche musik n’est ici que faible ; les références musicales sont clairement psychédéliques. Pourtant, l’hypnose présente dans Monster Movie les dissocie de la plupart des artistes de rock psyché. Car le son métallique strident de la lead guitar a beau être orthodoxe, lorsque celle-ci est utilisée en boucle répétitive cela donne un résultat tout à fait différent d’un Jefferson Airplane ou d’un 13th Floor Elevators (groupes parfaitement respectables par ailleurs) à la même époque. La voix de Malcolm Mooney joue de répétition également, permettant à la gratte de s’envoler, au loin. Son psy lui demandera d’arrêter sa collaboration avec Can, craignant pour sa santé mentale. Cette anecdote prouve peut-être la sincérité de l’engagement vocal de ce sculpteur new-yorkais qui eut diablement raison de s’associer à Irmin Schmidt et Holger Czukay à son arrivée en RFA. Ces types allaient devenir les idoles d’une génération croissante d’amateurs de musique planante allemande.

La première face du disque ressemble assez à ce qu’Amon Düül – avant la séparation en deux entités distinctes, Amon Düül I et II – enregistrait au même moment, la formidable audace des Munichois en moins. La seconde, en revanche, mérite plusieurs détours. « You Doo Right » annonce avec fracas l’entrée en scène d’un immense groupe. Composé en montant six heures d’improvisation en studio, il en résulte vingt (trop courtes) minutes qui glacent le sang ou réchauffent le cœur, mais éblouissent dans tous les cas. Cette plage fantastique s’apparente à un mantra complètement habité par le chanteur. Inspirant la méditation (c’est le but du mantra bouddhiste), « You Doo Right » étonne par sa capacité à nous emmener très loin sans prise de drogue préalable. La voix s’y absente un moment, laissant place à un long temps instrumental, aussi réjouissant que stimulant, toujours foncièrement hypnotique. Le rythme ne s’accélère jamais et respecte en cela une certaine idée de la musique plus savante que populaire qui ne cède pas à la facilité de la précipitation. Ce morceau n’est qu’une ébauche du style propre et unique de ces incroyables Allemands. La suite de leur discographie est éblouissante. Ils enchainent les albums (un par an pendant dix ans) avec leur nouveau chanteur japonais taré, Damo Suzuki, qui saura apporter une autre touche d’étrangeté à une formation qui devrait rester longtemps dans la mémoire de son auditoire.

Pierre Castel.

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