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Mi Media Naranja. Labradford. 1997.

Après trois albums réussis, Labradford entre dans une autre dimension avec Mi Media Naranja, disque crypté mais limpide au visage serein.

Labradford, ou l’art de suggérer. Mi Media Naranja ne déroge pas à sa règle. Même si ce disque est plus rythmé que les précédents opus, Labradford n’est pas là pour exhiber. Il dévoile. La sonorité de cet album est très proche de celle de Godspeed You! Black Emperor – son exact contemporain – ; il contient le même type de boucle mélodique et de sons libres et lents. Cependant, contrairement à leurs compères québecois, Labradford ne choisit jamais l’explosion, ni même l’effusion. Il est véritablement ici question d’un post-rock à l’allure ambient. On recommande donc une écoute allongé, au calme. Alors la force de cette musique opérera. C’est l’élément essentiel à toute absorption d’un disque de ces Américains paisibles et réfléchis. Une écoute attentive, un demi-sommeil qui seuls peuvent recevoir les ambiances nacrées, souples et volatiles de Mark Nelson, tête pensante de la formation de Richmond, en Virginie. Le titre des plages (« S », « G », « C »…) ont d’ailleurs tôt fait de renseigner sur l’originalité, sinon l’étrangeté, de cette musique.

Une forme statique. C’est à peu près ce à quoi l’on pense lorsqu’on entend les premières notes de chaque morceau. L’air de ne jamais démarrer permet toutefois à l’oreille de mieux appréhender les sons. Il ne s’agit pas, pour autant, d’une improvisation contrôlée. Mark Nelson est là, qui compose, avant d’enregistrer consciencieusement, toujours en une prise unique. Il pourrait y avoir de la frustration à ne pas recevoir ce que l’on attend de la suite de ces compositions, à savoir un éclatement. En effet, les boucles mélodiques stagnent quasiment, ne se développant que très peu, mais le plaisir réside justement là, dans une stase que l’on comprend terminale. On ne cherche plus alors de secousse telle que Mogwaï les produit bien (trop) souvent. L’ambiance s’installe, et fait son oeuvre. La pochette de l’album (aux superbes tons d’un pourpre obscur) reflète les sons produits par ces instruments qu’on a du mal à identifier comme guitare, basse, clavier. Leur mixité les fait s’entrelacer sans qu’on se pose de questions. Antonioni ou Terrence Malick auraient très bien pu s’emparer de ces arabesques sonores. Comme ce n’est pas chose faite, on peut les écouter sans images identifiées, en fermant les yeux. Le maître d’oeuvre Nelson opère désormais au sein de Pan American, petit frère de Labradford, aujourd’hui éteint. Ses disques ont toujours la même tonalité mais n’atteignent plus la majesté de Mi Media Naranja.

Pierre Castel.

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