Malesch. Agitation Free. 1972.

Agitation Free débarque à l’aurore des seventies dans le paysage kraut et ébouriffe son monde en proposant un space-rock fluide et racé. Un disque voyageur et indispensable.

L’une des formations majeures de la kosmische musik a la douce idée d’enregistrer un premier album après un séjour au Liban. Il s’intitulera Malesch, ce qui signifie à peu près « c’est pas grave, on s’en fout », locution très usitée au pays du Cèdre. Contrairement à ses compatriotes, la formation de Michael Hoenig est plus orientée anglo-saxonne, et ne résonne pas vraiment teuton. Cet album en particulier donne l’impression qu’un vaisseau ennemi s’est échoué en plein désert. L’inquiétude règne.

L’emploi des bongos et autres marimbaphones y sont pour beaucoup dans l’ambiance de légèreté solaire du disque. Les différents claviers – jusqu’à cinq par morceau – finissent par donner cette touche kraut si caractéristique. Il s’agit bien de musique planante et pourtant Pink Floyd est très loin. Certaines plages (« Sahara City ») introduisent longuement un thème éthéré avant de faire entrer une guitare acide pour quelques riffs très accrocheurs sans être évidents pour autant. Les membres d’Agitation Free se permettent d’enregistrer la musique qu’ils désirent faire. C’est cette liberté artistique qui les laissa dans l’ombre. Ils y sont visiblement toujours, sans que l’on comprenne toutefois pourquoi les Anglais parvenaient, eux, avec une audace parfois équivalente, à la célébrité. C’est fort dommage. Le krautrock regorge de bijoux mais une poignée d’amateurs seulement en écoute aujourd’hui. Parfaitement instrumentale, la musique de ces Ouest-Allemands ne propose de texte que par enregistrements volontairement salis enregistrés au préalable puis réintroduits en studio.

On retrouvera cette technique qui divise nettement voix et instruments vingt ans plus tard dans bien des formations de post-rock, friandes de ce procédé. Ces voix, tantôt arabes, allemandes ou anglaises, achèvent de brouiller les pistes perdues du désert cosmique. Un des plaisirs pris à l’écoute de ce disque provient notamment de cette perte de repères, aidée par les titres des plages, l’album enchainant « Khan el Khalili », « Pulse », « Rücksturz ». Si on ne sait pas où l’on est, c’est probablement que les musiciens ont bien fait leur boulot : on nage en plein désert, fait de langueurs mélodiques et de contretemps lumineux. Hoenig quittera le groupe en 1974 après avoir publié un deuxième album et un live tout aussi intéressants. Accepté par Tangerine Dream, seule formation de kosmische musik à avoir connu le succès, il composera pour des films et des jeux vidéos tout en conservant son intégrité artistique. Agitation Free a l’honneur de figurer sur la fameuse et néanmoins extravagante « Nurse With Wound list » qui n’a pas fini d’intriguer les mélomanes.

Pierre Castel.

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