OLYMPUS DIGITAL CAMERA

For How Much Longer Do We Tolerate Mass Murder ? The Pop Group. 1980.

Les punks de Bristol publient un deuxième album moins expérimental mais plus engagé que le précédent. Toujours aussi déroutant néanmoins. A (re)découvrir prestement.

Le post-punk a donné lieu a des formations de fusion plus ou moins heureuses. The Pop Group a réussi son coup. En ajoutant du funk et une pincée de reggae à son punk vivace, il s’est démarqué des groupes anglais de l’époque. Fermement ancré dans le mouvement contestataire britannique anti-Thatchérisme, Mark Stewart beugle ses paroles, vomissant le libéralisme, la société de consommation et le racisme. Musicalement, les musiciens sont influencés par un club de leur ville, le Dugout, où funk, dub, rock et free-jazz copinaient gaiement.

Ainsi, For How Much Longer Do We Tolerate Mass Murder ? ressemble à un funk acide mâtiné de punk pour lequel Captain Beefheart se serait emparé du micro. Les signatures rythmiques changent durant les morceaux (« Blind Faith », « There Are No spectators »), et les paroles sont de temps à autres incompréhensibles, ce qui rend le disque difficilement abordable. Pourtant, et c’est souvent le cas avec ce type de musique, une fois apprivoisée elle n’en est que plus appréciable. “Out of Many” brille par la rencontre du groupe avec The Last Poets, les grands-pères du rap : le phrasé parlé intervenant sur une composition complètement déstructurée impressionne et détone. La superbe furie no wave de « Communicate », quant à elle, dit bien toute l’ironie du nom de la formation.

En 1979, les Anglais avaient eu la lumineuse idée de signer chez le tout jeune label Rough Trade (un an à peine) avant qu’il ne devienne mythique. Quelques mois plus tard, The Fall et Young Marble Giants – pour ne citer qu’eux – rejoindront l’écurie pour y apporter du crédit. The Pop Group se désagrège malheureusement avant la sortie d’une troisième galette, Stewart privilégiant les textes au son, ce qui déplut aux autres membres. Bruce Smith (batterie) et Gareth Sager (guitariste et multi-instrumentiste) forment alors Rip, Rig & Panic, fantastique aventure post-punk/afro-jazz. Bristol deviendra la ville du trip-hop, abritant ses représentants les plus charismatiques, Massive Attack, Portishead ou Tricky. Pour l’heure, et c’est bien dommage, The Pop Group ne connaît plus qu’un succès restreint, compte tenu de la rudesse de leurs sonorités. Espérons que leur reformation (2010) porte des fruits séduisants.

Pierre Castel.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>