Top 1991

Le Top : 1991

Miles Davis, Stan Getz et Serge Gainsbourg rejoignent leurs illustres ainés. Du côté des sorties, l’année 1991 est riche en diamants bruts. Consécration du grunge, persistance du courant shoegaze, naissance de ce qui deviendra le post-rock. Disparités en tous genres font de ce début des années 1990 un grand millésime.

20. The Real Ramona. Throwing Muses. Moins exigeant que les précédents albums de la formation de Kristin Hersh, The Real Ramona est tout de même un très bon album, comme d’habitude chez 4AD.

19. Pennywise. Pennywise. Pennywise incarne parfaitement le côté punk-hardcore du skatecore : une version pop de Minor Threat. Très efficace, donc.

18. Vinyl. Dramarama. Dramarama envoie sans sourciller onze morceaux d’une power-pop des plus réjouissantes. Après un hiatus de dix ans, ils sont aujourd’hui reformés.

17. To Mother. Babes in Toyland. Ce E.P. de Babes in Toyland représente formidablement le Riot Grrrl, mouvement anti-machiste de punk féminin. L’ennemie jurée de Courtney Love y hurle sa rage en faisant pleurer sa guitare.

16. Ribbed. NOFX. NOFX fut un modèle d’authenticité du punk californien des années 80 et 90, sachant se renouveler au fil du temps difficile des petites formations (Offspring, Green Day) qui occupèrent l’esprit du plus grand nombre. NOFX reste là pour les amateurs de la première heure. Ribbed en témoigne parfaitement. Evitant souvent les codes du genre (« Together on the Sand ») et multipliant les ruptures rythmiques il y a vingt ans, les Californiens ont aujourd’hui perdu leur jus.

15. Tyranny (For You). Front 242. Fondateurs de l’Electronic Body Music, les Belges complexifient leur son à l’aube des années 1990. Toujours étrange mais dansant (une danse étrange, on est d’accord).

14. Time For A Witness. The Feelies. Bien sûr, Time for a Witness n’a plus grand-chose à voir avec son illustre aîné (Crazy Rhythms) mais les membres du New Jersey se défendent dix ans plus tard encore pas mal. En témoignent « Waiting », « What She Said » ou l’épique « Find a Way ». Diable, que ce groupe est attachant !

13. Make a Jazz Noise Here. Frank Zappa. Quand Zappa s’attaque – ouvertement – à la musique moderne (Bartok, Stravinsky), sans oublier sa fusion des genres bien caractéristiques et une touche de new age, cela donne deux heures de concert et un live monumental, riche et complet.

12. Screamadelica. Primal Scream. Avec une ossature plus pop qu’auparavant, Primal Scream s’ouvre les portes de la gloire et nous offre un remarquable album d’acid-house. Ce disque sonne comme si les Rolling Stones avaient samplé du dub en studio.

11. Nevermind. Nirvana. Très inférieur à In Utero en grande partie à cause de l’enregistrement (ici c’est Butch Vig – futur Garbage – qui produit, Steve Albini se chargeant du son d’In Utero…). On garde cependant en mémoire les riffs exceptionnels de « Breed » et « Lounge Act ». Dave Grohl et sa double pédale jouent beaucoup dans l’efficacité de perles comme « Stay Away » ou « Territorial Pissings ». Le talent de mélodiste de Cobain fait le reste et le disque, à vingt ans, n’a finalement presque pas vieilli.

10. Recurring. Spacemen 3. Le groupe se sépare et les deux leaders se partagent les compositions : une face chacun. Jason Pierce vient de fonder Spiritualized et la face B peut ainsi être considérée comme le point de départ de ce fabuleux groupe qui tourne encore. Fourre-tout brillant et moins minimaliste que les productions précédentes, ce chant du cygne de Spacemen 3 est fantastique, comme tout disque qui porte ce doux nom. Signalons un album peu connu, sorti en 1990, Dreamweapon : An Evening of Contemporary Sitar Music. Il contient un extraordinaire drone continu de 44 minutes.

9. Green Mind. Dinosaur Jr. Premier album de Dinosaur Jr sur une major, Green Mind possède un son franchement plus aseptisé que ses prédécesseurs. Mais l’aspect lancinant est toujours là, la manière de commencer les morceaux in medias res aussi, ainsi que les soli impromptus toujours légers et désinvoltes, fort agréables.

8. Raise. Swervedriver. Le premier album d’un groupe phare du shoegaze. Mélodieux, hypnotique et parfois virulent, Swervedriver est trop méconnu. Il se range pourtant entre My Bloody Valentine et Ride.

7. Love’s Secret Domain. Coil. Formé par deux transfuges de Psychic TV, Coil est depuis devenu bien plus « populaire ». Alternant musique expérimentale et aseptisation – parfois dans le même morceau, ils ont su trouver dans ce double album une originalité propre extrême et éblouissante.

6. Steady Diet of Nothing. Fugazi. Le deuxième effort de Fugazi est une étonnante confirmation. La formation devient alors aussi culte que son embryon, Minor Threat, la construction formelle en plus. Un grand disque.

5. Yerself Is Steam. Mercury Rev. 1992. Jonathan Donahue essaye d’énucléer son compère Grassehopper dans un avion avant que le groupe entier ne se fasse bannir de la compagnie aérienne. Dix ans plus tard, Mercury Rev est devenu, avec deux albums de grande classe (Deserter’s Songs et All Is Dream), un modèle de pureté mélodique. Yerself Is Steam a aujourd’hui vingt ans et correspond à leur première manière. Un rock noisy avec guitares ultra saturées, larsens et volume sonore important.

4. Loveless. My Bloody Valentine. Même si l’intérêt premier de My Bloody Valentine est de se faire entendre en concert, les albums studio valent évidemment le coup. On peut préférer à Loveless, aujourd’hui culte, Isn’t anything, sorti trois ans plus tôt. Les Irlandais polissent ici leur son extrêmement rugueux et obsédant tout en conservant ce « mur du son » créé par une importante distorsion des guitares, permanente et ébouriffante. Les morceaux s’enchaînent parfois sans transition, créant un superbe climat d’enfermement cependant régénérateur par les sons diffusés si sympathiques et hypnotiques.

3. Open Doors, Closed Windows. Disco Inferno. Aussi à l’aise dans le post-hardcore que dans la ballade folk ou la mélodie dream-pop, Disco Inferno est foutrement inconnu et c’est terriblement dommage.

2. Spiderland. Slint. Tous les morceaux que comporte cet album sont démentiels, géniaux et hallucinants. Ils sont tous disponibles en écoute ici. Alors n’écrivons plus et écoutons.

1. Laughing Stock. Talk Talk. Après la claque de Spirit of Eden, c’est Laughing Stock qui, trois ans après, nous fout K.O. Il s’agit d’une splendeur, un disque onirique qui nous transporte dans ce monde séraphique que Talk Talk a fini par fonder. Le versant lancinant et aérien du post-rock des années 1990 n’est quasiment fait que de Laughing Stock.

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A une période où le grunge de Seattle occupe de nombreuses places dans les charts avec Pearl Jam, Soundgarden et Nirvana, seuls ces derniers devinrent mythiques et proposèrent une musique réellement novatrice avec Nevermind, puis In Utero deux ans après. Hors des Top 50, plusieurs formations emportent la mise de petits groupes de fans et/ou de la critique. Citons Coil, Disco Inferno, Fugazi ou Swervedriver, tous plus intéressants les uns que les autres. Open Doors, Closed Windows de Disco Inferno et Raise par Swervedriver méritent de se faire connaître bien davantage. The Feelies et Dinosaur Jr (tous deux reformés aujourd’hui) publient deux très bons albums. Le post-rock sort en 1991 deux disques qui feront figure de précurseurs. Deux camps d’un même mouvement. Classés aux deux premières places, Talk Talk et Slint sont époustouflants tant par les sons qu’ils produisent que par le nombre fabuleux de petites formations à grande musique qu’ils engendreront. A quel point le math-rock doit-il son existence à l’unique Spiderland, album d’une musicalité (d)étonnante ? Une grande année donc, et de grands disques éternels.

SANS OUBLIER:

- Shift-Work. The Fall
- Island. Current 93.

Pierre Castel.

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