Le Top du mois : 1982

Thelonious Monk et Glenn Gould s’en vont cette année-là. 1982 est un millésime de transition, qui voit en Grande-Bretagne le post-punk s’essouffler tandis que la musique industrielle et la cold-wave fonctionnent à plein. Aux Etats-Unis, le punk-hardcore règne en maître.

20. Bad Brains (Roir Sessions). Bad Brains. Aussi à l’aise dans le reggae qu’avec le punk-hardcore, Bad Brains (dont on a dit à tort qu’ils fusionnaient les deux styles musicaux) joue ici rugueusement et intelligemment.

19. Stink. The Replacements. Alors peu connus, les Américains avaient enregistré là un véritable album de punk anglais période 77. Ils se perdront un peu quelques années plus tard (Don’t Tell A Soul, « I’ll Be You »…).

18. Plastic Surgery Disasters. Dead Kennedys. L’incarnation du punk-hardcore politique (Jello Biafra faillit être élu maire de San Francisco). Musicalement, entre les Sex Pistols et Blag Flag, lourd et nerveux, donc extrêmement efficace.

17. New Britain. Whitehouse. Extraterrestres il y a trente ans, les Anglais de Whitehouse sont aujourd’hui à peine plus écoutables pour les tympans – utilisations de très hautes fréquences. Mais c’est une expérience telle qu’elle en vaut la peine.

16. The Tunes of Two Cities. The Residents. Le groupe utilise ici l’Emulator, synthétiseur alors rarissime, à l’avant-garde des échantillonneurs. Le résultat est à la hauteur de l’originalité : un étrange disque progressivement envoûtant.

15. White Eagle. Tangerine Dream. Avant-dernier album de la période Virgin (qui devient progressivement un gigantesque label), Edgar Frœse se réinvente décidément très bien.

14. Revelations. Killing Joke. Conny Plank, le célèbre producteur kraut, est ici aux commandes. Il adoucit et polit clairement le son du groupe. Grâce à ce travail, le disque, moins violent que ses prédécesseurs, regorge de nouveautés mélodiques.

13. Junkyard. The Birthday Party. Seul disque de la formation classé dans les charts (vu la radicalité de la musique, c’était donc une douce époque…), Junkyard démontre que la folie rageuse a également sa place en studio.

12. Hex Enduction Hour. The Fall. L’album qui fit de Mark E. Smith une légende. Le groupe sans qui le brillant Stephen Malkmus serait toujours gardien de musée.

11. Sonic Youth. Sonic Youth. A cent lieues de ce que les New-Yorkais proposeront ensuite dans les années 1980, il dévoile une face insoupçonnée, extrêmement minimaliste, à l’époque partiellement répudiée par le groupe à cause d’une production trop léchée. La réédition de 2006 propose un live en sus qui représente beaucoup mieux le son du groupe d’alors.

10. Ice Cream for Crow. Captain Beefheart. Dernière œuvre musicale de Van Vliet avant qu’il ne se consacre à la peinture. Toujours aussi excitant et déjanté, Beefheart ne déroge pas à sa règle voulant ne rien faire comme tout le monde.

9. Beat. King Crimson. Composé en hommage aux écrivains beat et à Kerouac en particulier, King Crimson ressuscite après sept ans d’absence en se réinventant complètement. Impressionnant.

8. Miami. The Gun Club. Un Jim Morrison psychobilly, voilà comment feu Jeffrey Lee Pierce peut être décrit. Cet album reste parfaitement ancré dans la discographie punk-blues si particulière de ce groupe culte.

7. Pornography. The Cure. Dernier bijou des fabuleux Anglais, Pornography aurait constitué un magnifique chant du cygne. Robert Smith tente malheureusement depuis trois décennies de réitérer ses somptueux exploits passés. En vain.

6. Ambient 4: On Land. Brian Eno. Quand l’immense Brian Eno collabore avec le grand Bill Laswell, cela donne un disque de dark-ambient impeccablement maitrisé et un album semblant venir de nulle part. Oui, Eno sait tout faire.

Top 5 sans ordre.

Vs. Mission of Burma. Le punk progressif de Mission of Burma concrétisé sur cet album (ils avaient précédemment sorti le superbe E.P. Signals, Calls and Marches), les Bostoniens peuvent reposer en paix, leur cité est mémorable.

Garlands. Cocteau Twins. Très sous-estimé, ce premier album des Ecossais à la fois inquiétant et rassurant, lent et rapide, froid et émouvant invente tout de même la dream-pop. Ce qui n’est pas rien. La boucle mélodique à la guitare de « Blind Dumb Deaf » annonce même le My Bloody Valentine de Loveless.

Violent Femmes. Violent Femmes. L’originalité de cette formation du Wisconsin éclate sur leur premier album éponyme, parfait mélange de folk et de punk – c’est visiblement possible. Un grand disque très simple.

Homotopy to Marie. Nurse With Wound. La musique expérimentale qu’offre Steven Stapleton regorge de trouvailles époustouflantes. Ce disque patient est le début d’une carrière aussi foisonnante que stimulante. Moins provocateur que ses compères de musique industrielle, cet artiste trop méconnu peut être qualifié de musicien de génie.

2×45. Cabaret Voltaire. Oscillant toujours entre post-punk et musique industrielle, les Anglais de Sheffield trouvent la juste proportion pour plaire en déroutant. Leur influence sur la house et les musiques électroniques expérimentales futures est capitale.

La No wave, mini courant musical délaissé par tout le monde aujourd’hui vient de s’éteindre. Elle n’avait en même temps pas vocation à perdurer. L’heure est tout de même à la vitesse et aux déflagrations sonores en tout genres. Parmi les groupes les plus marquants, on retiendra bien évidemment Mission of Burma, auteur d’un punk progressif rafraîchissant et salvateur, les nouveaux Cocteau Twins qui se permettent de prendre le contre-pied de l’époque en produisant une musique lancinante et éthérée. Violent Femmes, dans un autre registre mais dans le même esprit d’indépendance, débarque avec son folk déluré et rapide. La musique indus ne faiblit pas et regorge alors de pépites : Homotopy to Marie et 2×45 étonnent et ravissent toujours autant. Eno, The Cure, King Crimson et Captain Beefheart sont les valeurs sûres d’une année pourtant pas impérissable dans leur carrière. Enfin, Sonic Youth entre pour la première fois en studio, et c’est donc une date à marquer d’une pierre blanche, pure et parfaite.

SANS OUBLIER :

- Meat Puppets. Meat Puppets. Avant d’inventer le grunge, Meat Puppets naviguait sans souci dans le punk-hardcore.

- Trans. Neil Young. Tentative de communication avec son fils handicapé mental, Trans surprendra tout le monde : Neil Young chantait à travers un vocoder sur des morceaux parfois électroniques. Le disque vaut surtout pour « Like an Inca » et « Computer Age » (repris plus tard par Sonic Youth).

- Ship Arriving Too Late to Save a Drowning Witch. Frank Zappa. A écouter :“Drowning Witch”, fourre-tout éblouissant.

- Under The Big Black Sun. X. Ray Manzarek s’occupe toujours de la production des Californiens. Plus sage que les premiers albums.

- Coda. Led Zeppelin. Chutes de studio s’étalant sur dix ans et morceaux live épars, on retiendra surtout l’album pour « Bonzo’s Montreux » et « Wearing and Tearing ».

- Milo Goes to College. Descendents. Puéril mais très réjouissant.

- The Rise and Fall. Madness. Avec ce concept-album, les piliers du ska-revival prennent des risques. Les Suédois de Liberator s’en souviendront.

- Offene Turen. Hans-Joachim Roedelius. De la superbe kosmische musik.

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