The Horrible Truth About Burma. Mission of Burma. 1985.

Un disque qui offre l’énergie contrôlée de Mission of Burma sur scène est sorti après la séparation du groupe. Il se situe au sommet de ce que le post-punk propose de mieux.

L’intro du premier morceau de ce live propose une très juste vision de ce qu’est Mission of Burma. Elle se prolonge le temps de la plage, se confondant avec son prolongement, inexistant. Cet avant-propos dit parfaitement ce que la musique des Bostoniens propose : un punk étiré, sans nécessité de crier. Un après punk. S’il ne s’agit pas forcément d’une amélioration de ce style musical rageur, on peut le lui préférer nettement. On retrouve les caractéristiques de leurs cousins du hardcore Blag Flag, Bad Brains ou Minor Threat – férocité, intensité et furie – avec, en addition, un jeu parfois langoureux et, surtout, toujours mélodieux. Le post-punk de Mission of Burma parvient à réaliser de formidables morceaux punk de plus de quatre minutes, et rien que ça, c’est incroyable. The Horrible Truth About Burma regroupe quatre concerts américains où le son, assez crade mais pas trop, représente infiniment mieux l’éclat de la formation qui peut difficilement s’épanouir en studio – Vs. reste cependant un excellent album.

« Peking Spring » et sa rupture rythmique entraînent facilement l’auditeur dans le fouillis maîtrisé du trio. Les deux reprises qu’on trouve ensuite – « 1970 » des Stooges et « Heart of Darkness » de Pere Ubu sont étonnantes de réussite, transmuées pour devenir leurs chansons à eux, si bruyantes et envoûtantes. Ainsi, sans jamais oublier de jouer rapidement et pour soi-même, Mission of Burma retranscrit l’essence punk. En y ajoutant leur sauce, ils le rendent progressif. L’audace (le risque ?) de la sélection de tels morceaux pour leur unique live publié les rend encore plus attachants. En effet, après une écoute complète, on se rend compte qu’aucune des chansons jouées ici n’était sortie sur disque. Un live d’inédits, en quelque sorte. Et quel ravissement de s’apercevoir que des chutes de studio peuvent être aussi exceptionnelles. L’homogénéité de l’album, pas indispensable pour du punk, achève de le faire entrer parmi les grands disques de cette époque enregistrés en direct. L’expérimentation de Mission of Burma n’était pour son leader Roger Miller qu’une prémisse. Il poursuivra sa voie dans les recherches stylistiques avec The Birdsongs of The Mesozoic, formation de musique répétitive dans le sillage de Philip Glass qui propose depuis vingt-cinq ans des albums intéressants mais très inégaux. Mission of Burma reste donc finalement l’aboutissement de Miller. Fugazi et Husker Dü peuvent dire merci.

Pierre Castel.

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