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Flowers of Romance. Public Image Ltd. 1981.

Éblouissant objet sonore, Flowers of Romance fut moins remarqué que ses prédécesseurs. Pourtant, P.I.L. enregistrait pour la première fois un disque combinant parfaitement furie, rigidité et sérieux.

Comme son nom l’indique, Public Image Ltd (traduire : « réputation limitée »*) n’a jamais vraiment eu de succès public – très sporadiquement, notamment avec « This Is Not A Love Song » ou « Rise ». Et pourtant c’est un grand groupe. Après avoir désarçonné les fans des Sex Pistols avec son premier album en contrepoint, le groupe du plus grand leader punk enchanta les amateurs de bonne musique grâce au second. Puis ce fut Flowers of Romance. Comme son nom ne l’indique pas, c’est un disque roide à l’ambiance peu chaleureuse. En apparence. Ce n’est effectivement pas les effets de guitare abscons ou le jeu de batterie franchement amateur qui invitent l’auditeur à apprécier la galette. Il s’agit d’autre chose, une symbiose fabuleuse qui peut se faire jour dans le studio d’enregistrement, une atmosphère façonnée par ces types qui s’impose rapidement. Comment oublier l’intro du premier morceau – « Four Enclosed Walls » –, véritable ovni sonore (on pèse nos mots) sorti d’un lieu que l’on aimerait visiter?

Considéré comme absolument anticommercial il y a trente ans, l’album a quelque peu vieilli sur ce point. On a entendu musique bien plus hermétique depuis. Mais ce n’est évidemment pas là l’important. On trouve sur ce disque davantage qu’une énergie folle ou l’envie de réaliser un album génial ; il y règne un climat à la fois anxiogène (« Under the House ») et salvateur. C’est peut-être parce que John Lydon (qui ne maîtrisait aucun instrument) joue ici du saxophone et du banjo que l’album est remarquable. C’est probablement aussi parce qu’ils se foutent de la réception d’une telle musique qu’elle peut parvenir à un degré si élevé de puissance émotionnelle et d’intensité presque corporelle. Flowers of Romance, à condition de s’offrir à son écoute, devient nous, habite l’être pour tenter de ne plus le lâcher. Il faut certes l’écouter d’une traite et à un volume plutôt généreux pour que le philtre agisse, drogue parfaitement efficace.

Johnny Rotten (bien aidé par d’admirables prédécesseurs comme The Stooges ou The Ramones) avait montré au monde que l’on pouvait faire de la bonne et intéressante musique sans savoir jouer. Redevenu John Lydon, il poursuit dans cette voie avec un son plus savant mais une approche tout aussi anti-professionnelle, fuyant les spécialistes. Apparemment fait de bric et de broc, ce disque parvient à élargir les possibilités normalement mineures qui s’offrent à des mecs qui ne savent pas jouer d’un instrument. Mais ces types-là, qui crachent sur les virtuoses et n’ont que faire du Conservatoire, exécutent une partition sans fausse note. Mieux : de l’interprétation de celle-ci ils produisent quelque chose de magique, qui prend aux tripes autant pour effrayer que pour émouvoir. Flowers of Romance est finalement aussi beau que la traduction de son titre.

* « Public Limited Company » signifie aussi S.A., « Société Anonyme ».

Pierre Castel.

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