Wire - Chairs missing

Chairs Missing. Wire. 1978.

Après le séminal et indispensable Pink Flag, Wire publie Chairs Missing, une bombe post-punk étourdissante.

Chairs Missing oscille constamment entre furie punk et patience post-punk. Dès l’ouverture (“Practice Makes Perfect”), l’oscillation se fait jour. Au sein du même morceau, le chant de Colin Newman, répétitif, passe de la candeur à la menace, pour finir en véritable colère. C’est une des originalités de ce formidable groupe : son utilisation minimaliste des effets pour un résultat très positif. Comparées à celles de leur premier album, les mélodies de Wire ralentissent sur leurs morceaux les plus travaillés et on pourrait même qualifier le disque de “punk atmosphérique” à l’image de “Marooned” ou “Being Sucked in Again”. Mais toujours le souffle purement punk des premiers temps ressurgit et la structure des plages reprend sa route longiligne et virulente, bien décidée à pénétrer davantage le corps que l’esprit. Ce va-et-vient permanent entre les tempos et les rythmes d’une chanson à l’autre finit par créer un climat indécis et troublant.

Ce climat se diffuse encore davantage à l’écoute des textes, quand on s’aperçoit qu’il est question de noyade, de souffrance ou encore de suicide. Le calme avec lequel ces thèmes sont abordés ajoute à l’inquiétude et rend l’album aussi fascinant qu’effrayant, le titre même du disque désignant une instabilité mentale. On pense parfois à une rencontre entre Sex Pistols et The Stranglers, l’accent du sud de l’Angleterre étant particulièrement prononcé et les sons proposés souvent similaires. Cependant, la singularité de Wire n’est plus à démontrer. Le déséquilibre musical invariable dont ils sont maîtres entraîne une compassion et une admiration. Cette volonté de montrer la faiblesse, la maladresse dans leurs morceaux est tout à leur honneur et leur réussit clairement. Choisissant délibérément la naïveté, Wire parvient à une musicalité d’une franchise qui étonne et ravit.

“Too late” clôt l’album en un magma surprenant, progressant irrémédiablement vers un superbe final, exemple parfait du son post-punk. Ayant choisi (et quasiment conçu) très tôt cette voie-ci d’une complexification du punk, d’une élaboration de ce matériau fondamentalement brut, Wire poursuivra dans cette veine avec 154. Les membres se séparent alors pour divers projets solo, celui de Colin Newman étant particulièrement intéressant. Ils se reformeront plusieurs fois, utilisant de plus en plus l’électronique et délaissant la batterie. Ils donnent toujours des concerts extrêmement revigorants et très excitants pour les jeunes mélomanes qui n’ont pu voir les formations punk à l’époque bénie, il y a trente ans.

Pierre Castel.

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