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Still. Joy Division. 1981.

Une collection de raretés et l’ultime concert du groupe en intégralité. Still est diablement indispensable pour tout amateur de Joy Division.

Du vivant de Ian Curtis, un seul album complet de Joy Division vit le jour. Puis, la légende fit son oeuvre. Trente ans après sa mort, une multitude d’objets en tout genres parurent, enrichissant (souvent) ou polluant (parfois) leur désormais riche discographie. Parmi les documents intéressants, Still se démarque. Son titre, que l’on pourrait traduire par “encore, toujours” ou “calme, tranquille”, interprétons-le comme une force toujours là, posée calmement. Double disque à sa sortie, la densité du produit proposé époustoufle l’auditeur toujours pas remis de la claque limpide Unknown Pleasures et la foudre contenue de Closer. Les dix premiers titres sont joués tambour battant, faces B ou raretés toutes enregistrées avec Curtis. La valeur des morceaux atteint rapidement la puissance de leurs albums studio. On retrouve la même course statique dans “Glass” ou “Walked in Line” que dans les “tubes” de leur disque premier-né : un “jogging” épileptique effectué sur place par le chanteur sur scène, langage du corps fascinant et déroutant.
La première galette se clôt sur une reprise (“Sister Ray”) du Velvet Underground. Il s’agit peut-être du seul défaut de Still, qui aurait dû se concentrer totalement sur la production joydivisionienne et ne pas se perdre en reprenant un sommet indépassable des New-Yorkais – la cover par Suicide leur rendait mieux hommage.

L’introduction du deuxième disque n’est autre que “Ceremony”, premier single du futur New Order. Quel dommage cependant que le mixage de la voix de Curtis soit si mauvais. Sur ce fabuleux morceau posthume, on distingue ainsi fort mal son superbe chant qu’on devine tout de même acéré, lancinant. S’ensuit neuf (dix, sur certains pressages) autres chansons live d’une performance inoubliable puisqu’elle est la dernière. Ian Curtis, vingt-trois ans, se pendra deux semaines plus tard. C’est bien ce tout jeune mortel qui chante comme un vieil homme déjà détruit par la vie, avec cette magique voix d’outre-tombe. “Passover” et surtout “Transmission” démontrent la rage et la volonté que les musiciens mettent dans leurs passages scéniques. Toujours très proche des versions studio, leur musique en concert n’a ni besoin d’interprétations allongées ni de modifications improvisées ; la dureté du son et la brièveté des morceaux est la qualité essentielle des Anglais. La section rythmique répétitive et martiale fidèle au groupe achève de faire entrer ce disque dans le mythe de la musique mancunienne. La fulgurance de cette formation, trois ans à peine, lui permet de faire partie de la légende du rock, au sommet du post-punk.

Pierre Castel.

Upgrade & Afterlife. Gastr del Sol. 1996.

Gastr del Sol poursuit son chemin, tout seul et sûr de lui, dans l’univers foisonnant et surprenant qu’il a créé. Un grand disque.

Deux membres de la première mouture de ce combo furent co-fondateurs de Tortoise, modèle absolu de post-rock pour la critique européenne. Ceci explique, en partie, l’importance de cette formidable machine à réussites artistiques. Deux ans et deux albums après le départ des bienheureux John McEntire et Bunky Brown, Gastr del Sol, mené de main de maître par le génial Jim O’Rourke, sort Upgrade & Afterlife. Ce disque semble la continuation sublime d’une musique toujours aventureuse et fort riche en découvertes, écoutes après écoutes. O’Rourke, sorte de jeune John Fahey très expérimental et téméraire, n’hésite pas à brusquer l’auditeur, comme depuis ses vertes années – six oeuvres audacieuses publiées à seulement vingt-trois ans. Comme d’habitude donc, le petit (par la taille) multi-instrumentiste invente et se réinvente, sans lasser jamais son assistance. L’atonalité est une constante d’écriture musicale dans son oeuvre protéiforme, qui comprend également le respect des gammes classiques, que l’on retrouve par exemple dans des parties de guitares acoustiques parfaitement éclairées et légères.

Le bidouillage électronique y est au moins aussi important. Il intervient, associé à des passages de cordes ultrasaturés, au milieu de morceaux folk splendides ou de moments lancinants d’improvisation libre. Une liberté d’action est forcément rafraîchissante et très agréable, pour le corps mais aussi l’esprit. La surprise, même en connaissant quelque peu l’oeuvre du Chicagoan, est totale. Dépourvu de repères, ses pistes brouillées, le mélomane averti prend son pied à chaque instant, pourvu qu’il adhère au post-rock le plus expérimental. Notons la présence indispensable du guitariste David Grubbs (de Louisville, évidemment) ayant déjà officié pour Codeine, The Red Krayola, Bastro et Brise-Glace – rien que ça !


Atonalité au piano et polyrythmie affichée, Gastr del Sol se montre d’une redoutable efficacité dans la tentative de conviction des réticents au post-rock. D’un sérieux à toute épreuve, la composition de cet album comprend des invités de marque comme les électrons libres Kevin Drumm (guitare) ou Mats Gustafsson (saxophone). John McEntire revient donner un coup de main à la batterie mais l’événement est sans aucun doute la présence de Tony Conrad. L’époustouflant et si rare violoniste expérimental participe à cet enregistrement d’exception. Une intense reprise de Fahey (“Dry Bones in The Valley”) particulièrement longue – douze minutes – clôt un des disques les plus intrigants, les plus déboussolants de l’année 1996. Bonne écoute.

Pierre Castel.

Yeti. Amon Düül II. 1970.

Le plus grand album de ce collectif mythique, Yeti, prouve une fois encore que le grand krautrock n’a rien à envier aux plus grands groupes anglais de l’époque. Indémodable. Peut-être le plus britannique des groupes krautrock, Amon Düül II a connu son heure de gloire au pays de la Reine. Au point qu’à Nottingham par [...]

For How Much Longer Do We Tolerate Mass Murder ? The Pop Group. 1980.

Les punks de Bristol publient un deuxième album moins expérimental mais plus engagé que le précédent. Toujours aussi déroutant néanmoins. A (re)découvrir prestement. Le post-punk a donné lieu a des formations de fusion plus ou moins heureuses. The Pop Group a réussi son coup. En ajoutant du funk et une pincée de reggae à son [...]

Do Make Say Think. Do Make Say Think. 1998.

Le premier album de Do Make Say Think est un exemple parfait de post-rock libre, foisonnant d’idées bien jaugées. Admirable. Du stratosphérique au cosmique : c’est le trajet réalisé par ce collectif de Toronto sur leur premier opus, éponyme. Fidèles à l’esthétique post-rock (même s’ils la récusent aujourd’hui) alors tout juste en place, les musiciens [...]

Neu ! 75. Neu !. 1975.

Le duo allemand a la bonne idée de se reformer pour enregistrer un superbe disque éclectique mais cohérent, parfaitement indémodable. Après s’être séparés à la suite de l’échec de leur deuxième album, Michael Rother et Klaus Dinger se retrouvent en 1975 pour enregistrer ce qui peut être considéré comme leur disque le plus abouti. Oubliant [...]